Note d’intention

Faire association aujourd’hui…
Et demain ?

La récente intégration des associations au sein du Code des Sociétés et des Associations (CSA) a fait disparaitre l’une des dernières frontières formelles entre « l’entreprise » et « l’association ». Cette évolution a suscité divers questionnements sans qu’un réel débat public ne puisse avoir lieu. Sans non plus prendre le temps de mesurer les potentiels impacts symboliques et pratiques que ce changement allait provoquer sur les institutions elles-mêmes, leurs actions, leur culture.

On sent pourtant bien que les signifiants des termes « associer » et « entreprendre » ne recouvrent pas les mêmes ambitions ni les mêmes praxis.

Inquiètes de ces évolutions, mobilisées par le devenir d’associations militantes et engagées dans les questions sociales, culturelles, de santé…, titillées par les questions démocratiques et participatives que ces transformations pourraient susciter, quelques institutions[1] ont initié le Collectif21 en vue d’interroger l’histoire et les perspectives des associations en Belgique sous différents angles (psychanalytique et philosophique, administratif et financier, historique, de gouvernance, économique, politique…). Le projet vise également à faire le point sur leur fonction d’innovation sociale, de créativité et de contre-pouvoir ou de résistance.

À la veille du centenaire de la loi du 27 juin 1921 sur les associations sans but lucratif (en voie d’abrogation avec l’intégration de ces dernières au CSA) « qui  ne  se  livrent  pas  à  des  opérations  industrielles  ou  commerciales, et qui ne cherchent pas à procurer à ses membres un gain matériel[2] », il nous semble utile de (re)donner du sens et des perspectives citoyennes à l’acte de Faire Association, de le distinguer du seul statut institutionnel en tant que personne morale pour l’inscrire dans un champ politique, culturel et pratique, traçant des frontières avec les autres mondes, dont le monde marchand.

Il s’agit aussi d’interroger l’identité du champ associatif aujourd’hui (pour peu qu’elle puisse être définie clairement) au regard de la diversité des institutions le constituant (associations à qui sont confiées des missions de services publics, hôpitaux, variété des tailles et des modèles organisationnels, clubs sportifs ou culturels…). Pour le questionnement du Collectif21, la définition de l’association ne peut donc se limiter aux dimensions juridiques de l’a.s.b.l. Elle se précisera autour des secteurs de la santé, du social, de la culture et de l’économie sociale pour embrasser les questions politiques ou culturelles et situer le champ associatif sous l’angle de ses ambitions de transformation sociale.

Notre interrogation porte aussi sur le rôle important que jouent les associations dans le tissu social, la concertation, la mise en à l’emploi… dans un contexte de crise économique, sociale, climatique, politique et interculturelle. Les transformations législatives actuelles risquent-elles d’affecter ces fonctions essentielles dans notre démocratie ? Quid de l’autonomie associative dans un État social actif qui a tendance à déléguer des missions de service public en les normalisant et en exigeant du rendement ? Les associations ne devraient-elles pas davantage contribuer à ces changements de politiques et de tendances plutôt que de les subir ?

La démarche initiée par le Collectif21 ambitionne de fédérer un maximum d’acteurs des secteurs de l’associatif tel que délimité plus haut en vue de dresser des balises d’une future identité associative et, par-delà d’une fonction symbolique, citoyenne et opérationnelle pour Faire Société. Elle rejoint des questionnements similaires en Europe et dans d’autres pays du monde.

Outre les investigations menées, les questions soulevées et les débats à mener, l’objectif de ce parcours est aussi de réaffirmer le fait associatif comme une composante incontournable de la démocratie et de lui dessiner des perspectives d’avenir formulables en revendications/recommandations politiques.

Un cheminement qui, selon nous, est nécessaire et d’utilité publique dans une période où de nombreux repères vacillent et où les tendances sont plutôt à la tension ou au repli qu’au « faire société ».

Note d’intention au format PDF
Vers les associations membres du Collectif21


[1] Actrices et Acteurs des Temps Présents, l’Autre Lieu, CBCS, CEMÉA, Centre Franco Basaglia, CFS, Comité belge de l’Appel des Appels, FESEFA, Ligue Bruxelloise Francophone de Santé Mentale, Lire et Écrire Bruxelles, le SAS, Miroir Vagabond, PointCulture.

[2] Article 1er de cette loi